Une langue qui n'a pas toujours fait l'unanimité

La situation actuelle de la langue bretonne s’inscrit dans la politique d’unification linguistique de la IIIe République. Sous l’impulsion de Jules Ferry, alors ministre de l’Instruction publique et président du Conseil, les lois de 1881 et 1882 instaurent une école gratuite, laïque et obligatoire. L’objectif d’État est alors clair : consolider l’unité nationale autour d’une langue unique, le français.

Dans ce cadre, l’administration définit officiellement le breton comme un « patois », un terme utilisé par l’institution scolaire pour désigner les parlers locaux jugés contraires à l’enseignement républicain. L’usage de la langue bretonne est alors strictement proscrit dans l’enceinte des établissements. Pour faire respecter cette consigne, des méthodes de dissuasion sont mises en place, comme le système du « symbole », une phrase transmise entre élèves pour dénoncer ceux qui pratiquaient la langue. Sous les préaux, des affichages rappellent la règle : « Il est interdit de parler breton et de cracher par terre. »

Cette politique a généré un profond sentiment de dépréciation sociale. Dans son ouvrage La honte et le châtiment (2022), l’autrice Rozenn Milin analyse comment ce traumatisme a conduit à une rupture de la transmission familiale après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux parents privilégiant le français pour favoriser l’ascension sociale de leurs enfants.

Isilde Le Corre