« C’est un second job » : à Plestin-les-Grèves, la jeunesse redéfinit l’engagement
À Plestin-les-Grèves, des collégien.nes et jeunes adultes montent leurs propres projets associatifs et culturels. Loin des formes d’engagement traditionnelles, elles et ils s’impliquent concrètement dans leur territoire, avec envie.
C’est l’effervescence au local jeunesse de Plestin-les-Grèves. Dans cette commune de plus de trois mille habitants, rires et discussions traversent les murs de la médiathèque. Chaque mercredi après-midi, la junior association Plistin’action se retrouve et poursuit son organisation. Jeune par sa création en 2025 comme par l’âge de ses membres (12 à 16 ans), elle est en plein préparatif de son prochain événement. La liste des tâches à accomplir cet après-midi est chargée.
Une jeunesse engagée, loin des clichés
Ce projet illustre bien que, contrairement aux idées reçues, les jeunes sont motivés et continuent de s’engager. S’ils boudent les urnes électorales (en 2022, 24 % des 18-29 ans se sont abstenus, contre 9 % des 60-70 ans selon l’Insee), et que leur présence dans les syndicats recule (seuls 2,7 % des moins de 30 ans y adhèrent, contre 14,7 % des 50 ans ou plus), l’envie de participer à la vie de la société reste bien présente. Ils investissent le champ associatif et les collectifs informels, redéfinissant les règles du jeu démocratique. Leur engagement s’exprime autrement, avec davantage de sens, de proximité et un réel pouvoir d’action.
C’est notamment ce qui a poussé Elias Berhil, Florian Philippe, Armel Bodin et Marius Le Berre à créer leur propre association plestinaise il y a deux ans : Mydriase. Comme la dilatation de la pupille face aux jeux de lumière et à la musique qui nous transporte. « On trouvait que ça collait bien avec nos valeurs d’ouverture d’esprit et avec l’idée de l’œil qui réagit à la lumière. C’était l’esprit qu’on voulait donner », expliquent-ils. Amis depuis le lycée, ils ont commencé à écouter de la musique électronique à Brest. « On a découvert ça assez tard, car à Lannion ce n’est pas le meilleur endroit pour ça. Il y a beaucoup de scènes à Brest et Rennes, mais entre les deux, pas grand-chose. Alors on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire », explique Armel, qui gère la logistique et produit lui-même de la musique.
Mais parfois, l’engagement naît d’un simple moment, comme un barbecue. C’est ce qui s’est passé pour Plistin’action. En mai dernier, les adolescents du service Infos Jeunes ont visité l’espace jeunes de Perros-Guirec, récemment rénové, avec leur animateur Florian. Ce fut un déclic : « On s’est dit que ce n’était pas possible qu’ils aient un espace qui coûte un million d’euros alors que le nôtre part en lambeaux. À la base, l’association servait à trouver de l’argent pour le rénover, mais maintenant on s’éparpille parce qu’on adore ça », témoigne Marilou, présidente de la structure.
S’engager, entre passion et contraintes
Pour mener ces projets à bien, l’investissement est important, quel que soit l’âge des bénévoles ou la taille de l’événement. Mais cela en vaut la peine, explique Florian, de Mydriase : « C’est trop cool de travailler un an sur un projet et de voir des gens créer des souvenirs et sourire grâce à toi. Ça motive à recommencer ». « Mais on n’est que quatre : c’est clairement un second job et il faut une vraie rigueur », ajoute le freelance.
Plistin’action fait le même constat. À peine revenus des courses, les idées fusent : projet Mario Kart, veillée d’observation des étoiles ou encore boom pour les collégiens, un rythme s’installe. « On fait des réunions tous les samedis matin et, en amont, on rédige les comptes rendus, les ordres du jour, les affiches, on répond aux mails… Ça nous prend environ deux heures par semaine. Quand on rentre, on est parfois fatigués, mais on le fait parce qu’on adore ça », rigole Thaïs.
Mais cela nécessite aussi de l’organisation. C’est la première fois que ces collégiens se confrontent à ce type de pratique. « On a dû démarcher des entreprises, vérifier la sécurité… Ça ne se fait pas en un claquement de doigts, c’est plus complexe ».
Même constat pour Mydriase : « C’était compliqué. La ville pensait qu’il y aurait 3 000 personnes, que ça ferait la une des journaux. On a dû aller échanger avec la gendarmerie : on ne voulait pas se les mettre à dos. On a essayé de rassurer le voisinage, certains comptaient partir par peur du bruit. Moi, je me dis : on ne peut pas plaire à tout le monde, mais on a eu de très bons retours de la mairie et des habitants ».
« On ne se rend pas compte du travail qu’il y a derrière »
Pour que ces initiatives ne s’essoufflent pas à Plestin-les-Grèves, le comité des fêtes met tout en œuvre pour accompagner ces jeunes structures, affirme son président, Bruno Philippe : « Comme ils débutent, il faut limiter les freins. S’ils rencontrent trop d’obstacles, ça peut vite les décourager. Il faut qu’ils restent concentrés sur l’animation ; nous, on les aide sur la logistique et l’administratif ». L’an dernier, ils étaient déjà à l’œuvre pour Mydriase. « On ne se rend pas compte de tout le travail qu’il y a derrière », explique le père de Florian, créateur de l’association. Son fils ajoute : « Mon père a déjà créé son propre festival, Plestival, il y a cinq ans, donc j’ai pu éviter les erreurs de débutant. On a été beaucoup aidés, contrairement à ceux qui partent de zéro ».
Lannion Trégor Communauté est également très présent dans le soutien associatif : « Sans les subventions, on ne pourrait pas exister ». Mais pour Yann Le Carrer, responsable du service jeunesse à Lannion, ces associations restent l’exception qui confirme la règle : « Les jeunes ne sont pas forcément là où on les attend. Il faut se demander si le mouvement associatif est prêt à leur donner une place dans la gouvernance des clubs ». Avec 300 associations pour 20 000 habitants, il dresse un constat clair : « Le monde associatif, c’est une forme de petite politique qui demande de l’expérience, que les personnes plus âgées ont, c’est sûr. Mais il faut maintenant ouvrir la porte aux générations suivantes en les accompagnant. Beaucoup n’ont pas encore les épaules pour le faire seuls, ou ne se rendent pas compte qu’ils s’engagent ».
Face aux idées reçues sur l’engagement des jeunes, tous s’y opposent : « On n’est pas que sur notre téléphone. On a des responsabilités, on devient plus autonomes. Et puis les réseaux sociaux nous permettent aussi de parler de nous : ça nous apporte énormément ».
S’engager devient aussi une école de la vie pour ces jeunes : « Ça nous prépare pour la suite. J’ai l’impression que, si je ne fais rien, il manque quelque chose à ma vie ».