Réduire ses achats de vêtements neufs, le combat d’Antuia

Rencontre avec Antuia Ayouba, gérante d’une friperie dans le centre de Lannion, pour qui la seconde main est aussi une façon de vivre. Pour elle, ses valeurs environnementales et sa passion pour la mode vont de pair.

Antuia Ayouba a ouvert sa friperie engagée en juillet 2025 à Lannion. Crédit : Enzo Berthier

En contrebas de la Place du Marc’hallac’h à Lannion (22), une petite boutique attire l’œil. Des habits, tous uniques et de couleurs très vives, sont disposés sur des portants à l’entrée. À l’intérieur, la gérante, Antuia Ayouba, a les yeux sur sa machine à coudre, derrière son bureau. Concentrée, le geste sûr, elle répare un chapeau en wax pour sa friperie engagée : la Baraka Fripes. Elle y vend des vêtements d’occasion, qu’elle retravaille pour y ajouter sa patte. Son activité découle directement de son choix de vie : elle n’achète des vêtements quasiment qu’en seconde main. « À mes enfants et mon mari, je les prends en fripe dès que possible », confie-t-elle, avant d’ajouter que cet engagement, elle aimerait bien le transmettre à ses enfants quand ils grandiront. « La seconde main traverse les années, en plus, elle fait du bien à la planète », ajoute la gérante.

Un constat à l’origine de l’engagement

Née aux Comores en 1985, Antuia a grandi à Mayotte. Lassée par son travail, mais intéressée par la couture et la mode, elle décide de commencer une formation spécialisée. En 2013, elle ouvre sa propre boutique de couture et de réparation, « Ayouba Couture ». Là-bas, Antuia Ayouba voit des vêtements abandonnés par terre dans les rues, les forêts et les plages. « Les tortues mangeaient des bouts de vêtements et le lagon devenait infesté de déchets textiles », précise Antuia. « Ça me révoltait de voir ce que l’humain pouvait faire. Nous faisons ce que nous voulons, sans penser aux autres êtres vivants à côté de nous. En plus, les vêtements abandonnés étaient souvent en bon état. Quand je vois des vêtements neufs produits en masse, j’ai peur pour notre planète », alerte-t-elle.

10 millions de vêtements neufs

En 2024, près de 10 millions de vêtements neufs étaient achetés par jour en France, selon le dernier baromètre ReFashion, l’éco-organisme français de la filière textile d’habillement. Ce constat a fait partie du combustible qui alluma les flammes de l’engagement d’Antuia : le moins de vêtements neufs possible. Désormais installée à Lannion, où elle a suivi son compagnon, elle y fait perdurer cet engagement à travers son échoppe. « Avant d’ouvrir, j’ai acheté un gros carton d’habits de seconde main à des particuliers sur le marché. Depuis, toutes mes pièces sont sélectionnées avec soin chez des particuliers, lavées et retravaillées. Ce qui est bien avec cette façon de travailler, c’est que mes pièces sont souvent uniques, ou en tout cas en très bon état ! »

Résister à la concurrence

La créatrice a ouvert son magasin il y a près d’un an. Elle observe qu’il est difficile de présenter un projet alternatif face à des géants vendant moins cher : « D’un côté, il y a la fast-fashion qui détruit la planète et de l’autre, Emmaüs ou des recycleries qui vendent des vêtements à tout petits prix. » Elle reste optimiste, car ses pièces, selon elle, restent « beaucoup plus joyeuses et colorées que celles des grandes friperies du coin ».

Au cours de son année d’existence, la boutique a pu voir arriver de nombreux.ses client.e.s soucieux.ses d’acheter moins de neuf. « Il y a des habitué.e.s qui viennent pour se fournir en vêtements de seconde main, en plus d’être uniques », précise Antuia. Il arrive parfois qu’elle rachète d’anciens vêtements à sa clientèle soucieuse de ne pas les jeter. Ce travail de sélection lui prend du temps. « Entre le lavage, le repassage, et les réparations, il faut être à fond dedans », confie-t-elle.

Enzo Berthier