« La conviction vient avant le marketing » : pourquoi le concessionnaire Julien Corre sponsorise le sport dans le Trégor

Julien Corre, 41 ans, a repris les rênes de la concession automobile familiale de Lannion, en en 2023. Membre de la Table Ronde, un club d’action solidaire local, il multiplie les engagements : Movember, Octobre Rose, collecte pour l’hôpital de Trestel, soutien au Lannion FC, au Handibasket, au cyclisme ou au tennis féminin. Il nous livre sa vision d’une entreprise engagée pour son territoire.

En quête de sens : Julien Corre, au-delà de votre rôle de chef d’entreprise, on semble vous retrouver sur tous les fronts associatifs et sportifs du Trégor. Qu’est-ce qui lie tous ces engagements et pourquoi ce besoin d’être partout en plus de derrière un bureau ?

Julien Corre : C’est avant tout une question de convictions personnelles. Mon « fil rouge », c’est la Table Ronde (1), C’est un cercle d’amis, totalement apolitique, où l’on ne parle pas « job ». Quand on rame 24 heures non-stop au Crossfit Lannion pour le Movember ou qu’on récolte des jouets pour l’hôpital de Trestel, c’est une démarche que je porte en mon nom propre, avec mes amis, et pas sous l’étiquette de la concession. Il faut savoir mettre son temps et son réseau au profit des autres.

Pourtant, le nom « Corre » finit toujours par apparaître. Est-ce que ce rôle de patron « qui mouille le maillot » aide à diriger une entreprise aujourd’hui ?

C’est une façon de rayonner. En tant que chef d’entreprise, on doit être impliqué économiquement et socialement dans sa ville. L’implication de la concession naît souvent de la sollicitation de mes collaborateurs ou de mes clients : c’est un cercle vertueux. Et on le constate concrètement : on voit arriver des clients que l’on ne connaissait pas, qui ne sont pas dans notre base de données. Quand on leur demande comment ils sont venus à nous, ils répondent : « On a vu que vous étiez présents sur tel événement » ou « On apprécie que vous sponsorisiez le club de foot de mon petit-fils ». On ne va pas se mentir : c’est un investissement qui fonctionne et qui apporte une vraie notoriété locale, mais la conviction vient avant le marketing.

On touche justement un point important : où s’arrête la communication et où commence la conviction ?

Nous sommes le dernier garage indépendant de Lannion face à de grands groupes. Chez nous, la volonté d’aider est historique : mon grand-père et mon père soutenaient déjà les clubs locaux bien avant que ce soit une « stratégie ». Nous sommes attachés au dynamisme du Trégor. Aujourd’hui, l’entreprise est en bonne santé, il est donc logique de rendre une partie de ce que l’on reçoit. Mais évidemment, cela reste une stratégie de visibilité : il faut bien que l’entreprise vive ! C’est du « gagnant-gagnant ».

Vous soutenez aussi le tennis féminin. Est-ce une volonté de rééquilibrer un milieu automobile très masculin ?

C’est une forme d’équité. L’univers auto est très « masculinisant », il est donc crucial aujourd’hui de soutenir le sport féminin. Le tournoi des « Tennis Woman » est un événement qui a énormément de sens pour nous : c’est une organisation de qualité et une très belle vitrine pour la concession. C’est dans l’air du temps, mais c’est surtout une conviction profonde. J’ai eu la chance d’avoir une bonne éducation et des opportunités qui me permettent d’être là où je suis aujourd’hui. Je dois le rendre quelque part. C’est une démarche logique : apporter du bien, rendre service et montrer que le Groupe Corre mise sur tous les talents, sans distinction.

Vous avez repris l’entreprise de votre père, Frédéric Corre, dont le parcours d’élu local s’est terminé par une démission et des polémiques. Est-ce une manière de redorer le blason familial ?

Il n’y a aucun lien. Ces actions, on les faisait bien avant qu’il ne s’engage en politique. Ce qui s’est passé au conseil municipal, ce sont des divergences d’opinions qui n’ont eu aucun impact sur l’entreprise. On n’a pas besoin de « redorer » quoi que ce soit : on fait le même métier depuis 60 ans. Les clients ne viennent pas seulement acheter une Ford ou une Suzuki, ils viennent acheter une « Corre » pour la qualité humaine du service. D’ailleurs, chez nous, le turnover est très faible : certains salariés ont plus de 30 ans d’ancienneté. C’est ça, notre vraie image.

À travers vos divers engagements dans le milieu sportif, on pourrait croire à un nouveau modèle de chef d’entreprise. Votre ambition, à terme, est-elle de devenir le grand mécène du sport trégorrois ?

(Sourire) Non, je n’ai pas la volonté d’être une figure de proue. Je le fais parce que ça me fait plaisir. On reste une PME avec des limites budgétaires, mais on essaie d’élargir le cercle dès que la rentabilité le permet. Plus qu’un chèque, ce qui m’intéresse, c’est l’échange : j’aime prodiguer des conseils aux organisateurs sur la façon de développer leur événement. J’apprends d’eux et ils apprennent de mon regard de chef d’entreprise. Le sport est vital, surtout aujourd’hui où l’on est de plus en plus sédentaires, attachés à nos écrans. Le sport combat l’individualisme, il réunit tout le monde. Que je sois concessionnaire ou restaurateur, je ferais la même chose : être là pour les autres, à ma hauteur.

(1) Note : La Table Ronde est un club d’action local, apolitique et réservé aux hommes de moins de 40 ans, qui finance des causes caritatives par des défis de terrain.

Isilde Le Corre