Hervé Le Serre, la voix du don d’organes dans les Côtes-d’Armor
À Trévou-Tréguignec, Hervé Le Serre, 75 ans, président de l’ADOT des Côtes-d’Armor, consacre depuis plus de trente ans son temps à promouvoir le don d’organes. Sauvé dans les années 1990 par une greffe d’os qui lui a permis d’éviter l’invalidité, il sensibilise aujourd’hui le public à l’importance de ce geste solidaire, alors que le nombre de donneurs et l’acceptation des prélèvements restent en recul en France.
Sans sa greffe d’os, Hervé Le Serre aurait été condamné à vivre invalide, sans l’usage de ses jambes. Plus de trente ans plus tard, il consacre une grande partie de son temps à défendre le don d’organes et à sensibiliser le public à une cause qui lui a changé la vie.
À 75 ans, Hervé Le Serre est le président de l’ADOT des Côtes d’Armor, une association qui informe sur le don d’organes, de tissus humains et de moelle osseuse. À la tête de cette organisation depuis 2002, cet habitant de Trévou-Tréguignec en est également le secrétaire général au niveau national.
Une cause à laquelle le retraité est sensible depuis longtemps. Étant jeune, Hervé avait pris la décision de faire don de ses organes après sa mort. Il considérait ce geste comme une évidence et n’a jamais ressenti d’appréhension. En 1993, un événement bouleverse sa vie c’est ce moment déclencheur qui le pousse à s’investir. L’homme est né avec une luxation congénitale de la hanche. À l’époque, cette pathologie était encore mal soignée, et avec le temps ses hanches sont devenues de moins en moins fonctionnelles. Les chirurgiens ont dû reconstruire une articulation à l’aide de greffes d’os. Sans cette opération, Hervé aurait dû subir un raccourcissement de la jambe et serait devenu invalide.
Plus qu’un simple acte médical
Un an après l’intervention, son chirurgien lui explique qu’il serait difficile de refaire une opération similaire en raison du manque de donneurs. « Quand je l’ai appris, ça m’a révolté, ce n’est pas possible : la technologie avance énormément mais on ne peut pas le faire car les gens ne veulent pas donner leur tissu ou leurs organes le jour de leur décès », alarme l’ancien ingénieur chez Nokia d’un ton grave.
Au travers de l’association, Hervé souhaite transmettre aux autres que le don d’organes n’est pas seulement médical, il ne se résume pas qu’à de grosses opérations, c’est avant tout un geste humain, fondé sur la solidarité et l’entraide.
Toujours en mouvement, ce retraité ne compte pas son temps : son investissement représente plus de 50% du temps de travail d’un salarié, a-t-il estimé. Son rôle est de coordonner et mobiliser les bénévoles pour aller à la rencontre du public, notamment lors des collectes de sang. Des personnes déjà sensibilisées à la question du don et souvent plus réceptives au message. En 2025, l’association est intervenue dans 58 collectes dans le département, soit plus d’une par semaine. Le président et ses bénévoles interviennent aussi dans les établissements scolaires. Ces interventions se font toutefois plus rares. Les enseignants, faute de temps, doivent faire des choix parmi les nombreuses causes à aborder. Une situation qu’il regrette, estimant essentiel de sensibiliser les plus jeunes.
“Instaurer une véritable culture du don d’organes”
Trouver des donneurs n’est pas une mission facile: pour qu’un don d’organes soit possible, la personne doit être en état de mort cérébrale, ce qui concerne environ un décès sur 150. « Quand les gens comprennent que très peu de personnes décédées peuvent réellement donner leurs organes, ils prennent davantage conscience de la difficulté à trouver des greffons », explique Hervé.
Pour y remédier, l’association « essaie d’instaurer en France une véritable culture du don d’organes. L’objectif est qu’il devienne aussi naturel et populaire que le don du sang », explique son président costarmoricain. L’ADOT propose d’instaurer, dans toutes les communes de France, un lieu de mémoire avec la plantation d’un arbre de vie qui symbolise l’hommage aux donneurs. Depuis quelque temps, l’association leur dédie aussi des cérémonies, l’occasion de remercier également les proches, qui servent toujours d’intermédiaires.
En 2025, le nombre de donneurs est en recul au niveau national, la Bretagne ne parvient pas non plus à inverser la tendance, malgré son engagement important dans la sensibilisation au don d’organes. Une partie du problème vient des proches. Lorsque la personne décédée n’a pas exprimé clairement sa position, la famille hésite souvent à autoriser le prélèvement. « Le taux d’opposition ne cesse d’augmenter. Mais ce n’est pas forcément par refus du don, c’est souvent par incertitude », explique Hervé. En 2025, ce taux a dépassé ainsi les 37 % au niveau national. En Bretagne, il est passé de 21 % en 2024 à 32 %.
Face à ces chiffres décevants, Hervé Le Serre ne compte pas lâcher le morceau. Il entend poursuivre son engagement au sein de son association, fidèle à ses convictions.